Lettre ouverte à François Hollande,Monsieur le Président,

Lettre ouverte à François Hollande,

Monsieur le Président,

À ma plus grande surprise doublée d’une réelle déception, vous vous êtes immiscé dans les affaires internes d’un pays, en l’occurrence le Bénin. Au travers d’un communiqué, vous avez affirmé être préoccupé par la situation actuelle de l’ex-président béninois Yayi Boni. Il me plaît de vous demander en quelle qualité vous estimez avoir le droit de procéder à une telle ingérence.

 

Il n’est en effet pas superflu de vous rappeler deux faits. Le premier est que vous êtes un ancien chef d’État. En cette qualité, vous êtes astreint à un devoir de réserve. Cette obligation ne vaut pas seulement pour la conduite des affaires de votre pays la France. Elle s’étend à tout autre État à travers le monde. Le second fait à vous rappeler est que concernant ce qui a été exagérément qualifié de  »crise électorale » au Bénin, le gouvernement français a invité toutes les parties prenantes à la retenue et au dialogue. Estimez-vous que votre qualité d’ancien président de la République française vous donne le droit d’aller publiquement à l’encontre voire de contester la position officielle du gouvernement de votre pays ?

 

L’attitude des autorités françaises est fondée sur une lecture objective des événements au Bénin. À mon plus grand regret, vous n’avez pas emprunté la même démarche que ces dernières. Aussi regrettables qu’ils puissent être, les incidents enregistrés au Bénin aux lendemains des élections du 28 avril dernier sont en quasi-totalité imputables à l’ex-chef d’État béninois Yayi Boni. Faites-vous en effet semblant de n’avoir pas entendu ses réactions belliqueuses sur les médias et les réseaux sociaux ? Voulez-vous nous faire croire qu’il n’est pas manifeste pour vous que l’ancien président du Bénin s’est livré à une incitation à l’insurrection?

 

Monsieur le Président, quoiqu’on puisse penser de l’homme d’État que vous êtes, on ne peut vous denier une grande qualité : le courage. Il vous en a en effet fallu pour que vous renonciez à briguer un nouveau mandat. Pourquoi Yayi Boni n’a-t-il pas eu le courage d’en faire autant que vous à l’issue du premier mandat que lui avait confié les Béninois ? Au mépris de l’espérance que ces derniers avaient placé en lui afin qu’il améliore leur condition de vie, l’ex-président avait plutôt fait l’option du népotisme, du régionalisme, du gaspillage des ressources et de la corruption des leitmotivs de sa gouvernance. Sous sa présidence, ces maux ont atteint des sommets jamais égalés.

 

Toutefois, pour s’assurer un nouveau mandat, Yayi Boni a perpétré contre la démocratie béninoise un attentat d’une gravité extrême. Il a corrompu et travesti tout aussi bien les lois, les institutions et les hommes pour s’assurer de manière outrancière une victoire dès le premier tour de la présidentielle de 2011. Vous qui semblez aujourd’hui si attaché aux symboles, que lui avez-vous dit à l’occasion de son coup d’État ? Faut-il vous rappeler que le président Patrice Talon était des rares personnes à s’opposer avec courage aux velléités dictatoriales de son prédécesseur ?

 

C’est à cet héritage malsain dont le Bénin a hérité que le président Talon s’attaque aujourd’hui envers et contre tous. Pour son développement et le mieux-être de ses habitants, le Bénin a besoin d’une classe politique ambitieuse, ouverte sur le monde, en phase avec l’évolution du monde, animée par un esprit de sacrifice et menée par un guide éclairé, courageux et déterminé.

 

Pour la réalisation du Plan d’Action du Gouvernement, le président Patrice Talon sait pouvoir compter sur la France avec qui une longue histoire commune nous lie et nous encline à l’établissement des relations privilégiées. Celle-ci reste à redéfinir. Toutefois, elle ne saurait prospérer s’il y subsiste des relents du néocolonialisme, du paternalisme et de la françafrique.

 

Monsieur le Président, il va de soi que le président Talon ne saurait ne pas tenir compte de l’expérience et de l’intelligence d’un homme de votre trempe pour construire l’avenir des relations du Bénin et de l’Afrique avec la France afin d’en faire un axe solide dans un environnement mondial économiquement très concurrentiel. Il convient donc de se tourner vers l’avenir afin d’arpenter tous ensemble le chemin du progrès.

 

Recevez mes civilités les plus cordiales et l’expression de notre attachement commun en un avenir radieux.

 

Ernest HOUEHOUMIN


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