UN ANCIEN FONCTIONNAIRE INTERNATIONAL ÉCRIT À IBK : « DÉMISSIONNEZ DE VOTRE PRÉSIDENCE… » !

UN ANCIEN FONCTIONNAIRE INTERNATIONAL ÉCRIT À IBK : « DÉMISSIONNEZ DE VOTRE PRÉSIDENCE… » !

 

 

Ancien fonctionnaire international, Mahamadou Maïga, Docteur d’Etat ès sciences économiques de l’Université de Paris-1-Panthéon Sorbonne, écrit une lettre ouverte à Ibrahim Boubacar Keïta. Dans sa correspondance, M. Maïga lance un appel pressant à IBK : «… de vous voir démissionner de la Présidence de la République dans les brefs délais, pour parer, non pas à un putsch que vous avez évoqué supra, mais à une révolte multiforme ou une révolution populaire aux conséquences sociales imprévisibles, du genre de la révolte qui a balayé le régime monopartite détesté de M. le Président Moussa Traoré ». Lisez plutôt !

 

 

 

 

Excellence, je m’adresse à vous d’abord en tant que votre ancien camarade militant de notre commune Association des Etudiants et Stagiaires Maliens en France (AESMF), une branche de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), dans les années 1969-1972 à Paris en France, ensuite en tant que vous êtes le Président de la République du Mali depuis septembre 2013.

 

Du haut de mes soixante-seize (76) ans d’âge, je solliciterais votre indulgence de pouvoir vous contacter directement à la manière africaine sans passer par les règles protocolaires en usage. Après mûre réflexion depuis des semaines, je suis arrivé à cette décision ultime de vous adresser une lettre ouverte pour vous demander de bien vouloir démissionner de votre présidence pour sauver le peuple malien et lui donner une chance de se construire une nouvelle vie avec votre aide, en vue d’éviter un éclatement fatal du Mali et une souffrance inutile au peuple malien.

 

J’ai pris cette décision en toute indépendance individuelle, n’ayant jamais été membre d’aucun parti politique malien, ni d’aucune association de la « société civile », échappant à tout esprit partisan de majorité ou d’opposition. De plus, je n’ai jamais émargé au Budget du Mali en tant que fonctionnaire de l’Administration publique, n’ayant donc pas été partisan au sein de cette dernière.

 

La présente lettre ouverte fait suite à une première lettre ouverte que je vous ai adressée conjointement à sa Majesté le Roi du Maroc, en janvier 2015, sous le titre : « Votre intervention commune sera salutaire contre le naufrage du secteur agrumier malien en vue d’éviter le chômage de milliers d’opérateurs et d’employés », dans laquelle je soutenais, entre autres, en tant que producteur d’agrumes au Mali : si le gouvernement malien ne prend pas ses responsabilités d’appliquer les règlements commerciaux, sécuritaires et environnementaux de protection minimale des produits agricoles maliens en vigueur au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO d’une part, et de réglementer l’importation massive anarchique d’agrumes marocains d’autre part, les producteurs et commerçants  maliens se verraient dans l’obligation de saisir qui de droit pour sauver le secteur agrumier malien à l’échelle sous-régionale et internationale. Autrement, ce secteur disparaîtrait à terme au détriment des milliers de maliens qui en vivent aujourd’hui. A la date d’aujourd’hui je n’ai reçu aucune réaction ou réponse de votre part à cette lettre, au moment où ce secteur agrumier continue à végéter.

 

Ma présente lettre ouverte fait également suite à celle que Madame Adame Ba Konaré, ancienne Première Dame de la Présidence du Mali, vous a adressée le 2 juillet 2017 dans laquelle elle vous a demandé d’annuler votre projet de révision de la Constitution malienne du 25 février 1992 contre lequel s’étaient opposés les partis politiques de l’opposition, la société civile et les syndicats, tous fédérés autour du mot d’ordre « Antè A Bana : touche pas à ma constitution ». Vous avez eu la sagesse de reporter sine die ce projet de révision constitutionnelle.

 

De la même façon, je souhaite vivement que vous accédiez à ma demande de votre démission de la Présidence de la République du Mali (PRM) pour les raisons fondamentales suivantes :

 

Depuis septembre 2013, votre présidence a été caractérisée par un manque réel de vision politique pour le Mali, exprimé par une trop grande instabilité gouvernementale à travers votre nomination successive de 6 premiers ministres en 5 ans et 9 mois (septembre 2013-mai 2019) ;

 

Votre manque manifeste de volonté politique de lutter contre la corruption et la délinquance financière qui gangrènent durablement le Mali ;

 

Votre incapacité de ramener la paix et la sécurité dans le nord et le centre du Mali et ;

 

Votre incapacité de résoudre les problèmes économiques et sociaux du peuple malien.

 

Manque réel de vision politique pour le Mali

 

Excellence, je commence d’abord par vous rappeler que vous avez été mal élu à l’élection présidentielle de juillet-août 2018 pour votre 2ème mandat, ceci s’étant traduit par les résultats contestables et parfois fantaisistes publiés par le Ministère de l’Administration Territoriale (des électeurs de certains bureaux de vote auraient voté à 100% pour le même candidat ; le nombre de votants a dépassé celui des électeurs inscrits dans certains bureaux de vote, etc.). C’est pourquoi les 18 candidats présidentiels au 1er tour avaient contesté ces résultats provisoires pour motif de «bourrages » des urnes, notamment dans le nord du pays, exigé la liste complète des bureaux de vote et le nombre d’électeurs de ces bureaux et introduit des recours pour « irrégularités » auprès de la Cour Constitutionnelle (CC). Six candidats avaient même déposé une requête pour « récusation » de 6 membres de la CC pour leur « manque d’impartialité », car soupçonnés d’avoir reçu 900 millions de FCFA de pots de vin en votre faveur d’après plusieurs journaux maliens. Votre élection à 67,1% des voix au 2ème tour (avec un taux de participation de 34,54% seulement des voix, bien inférieur au taux de participation de 43% du 1er tour) a été contestée par l’opposition, débouchant sur une vraie crise postélectorale, que vous balayez curieusement comme inexistante lors de votre interview avec l’hebdomadaire Jeune Afrique (N° 3051 du 30 juin 2019) alors que cette crise a bien existé pendant des mois. La Cour Constitutionnelle ayant validé les résultats publiés par le Ministère de l’Administration Territoriale avec quelques petits amendements, vous avez été déclaré vainqueur de ces élections et Président de la République pour un 2ème mandat de 5 ans à partir de septembre 2018, mais avec un faible taux de participation des électeurs, donc une faible conviction de la majorité des maliens à votre égard.

 

Excellence, c’est votre manque réel de vision politique et votre pratique du pouvoir solitaire qui expliquent grandement que vous changez de Premier Ministre et de gouvernement pratiquement chaque année depuis septembre 2013, ceci exprimant votre incapacité de bien les diriger politiquement et de partager les décisions politiques avec ceux-ci parce que vous auriez une conception egocentrique du pouvoir alors que ce peuple a besoin de décisions sages et partagées durables qui améliorent ses conditions d’existence. Ces changements fréquents de gouvernement n’ont eu que des effets politiques, économiques et budgétaires négatifs pour l’efficacité et l’efficience de l’Administration publique d’une part, et pour le peuple qui en souffre énormément en dernier ressort d’autre part.

 

Vous semblez ainsi présider le pays comme un chef d’orchestre imperturbable qui dirige tout seul son orchestre alors que vous avez le destin de toute une nation de 19,529 millions d’habitants entre vos mains, qui a besoin de paix, de sécurité, de diversité, d’efficacité et de durabilité par une action idoine de partage entre tous les protagonistes maliens, qui fait défaut malheureusement.

 

Ainsi, vous ne convainquez pas la majorité des maliens quant à vos choix politiques et économiques à court terme qui semblent être faits sur la base de décisions unilatérales précipitées, sans une vraie concertation avec le gouvernement, notamment dans le choix de vos voyages officiels entre l’intérieur du Mali et l’extérieur.

 

En effet, l’opposition et la presse maliennes ont révélé en mars 2017 que depuis 2013 vous aviez effectué 107 voyages (dont 54 pour des sommets et conférences et 17 pour des visites bilatérales, dans 38 pays) en parcourant en 4 ans plus de 618.927 km équivalents dans les airs, soit plus de 20 fois le tour du monde, notamment en Afrique et en Europe et que ces voyages avaient très peu de “valeur ajoutée” pour le Mali. Ceci d’autant plus que des ministres et des diplomates chevronnés auraient pu entreprendre une partie de ces missions à moindres frais avec des retombées meilleures que les vôtres pour le pays. Ces voyages ont coûté énormément au budget public (chaque heure de vol de l’avion présidentiel coûtant environ 13 millions de francs CFA, et ces 107 voyages coûtant plus de 6 milliards de FCFA pour le carburant et l’entretien de l’avion présidentiel, et 9,5milliards de FCFA pour les frais hôteliers, en 36 mois. L’opposition et la presse ont également révélé que votre avion présidentiel aurait coûté 18 milliards de FCFA (de 19 à 21 milliards de FCFA selon d’autres sources ministérielles contradictoires) et que vous auriez acquis deux voitures de marque Range-Rover (version 2014) estimées chacune à plus de 80 millions de FCFA dans le contexte d’un pays pauvre comme le Mali !

 

Après que le Mali eut brûlé dans les attaques djihadistes des postes militaires de Boulkessi et de Mondoro, tuant 38 à 40 soldats maliens le 30 septembre 2019, vous sembliez regretter de n’avoir pas voyagé à Lyon pour participer à une simple conférence de collecte de fonds pour le Fonds mondial du SIDA, paludisme et tuberculose, quand vous déclariez : « j’étais sur le chemin de Genève où je devais discuter de la question du coton et plus tard à Lyon pour la question du Fonds mondial pour la santé.

 

J’ai annulé ces deux missions ». Vous ne convainquez ainsi pas les maliens de votre intention de donner plus d’importance au règlement de leurs problèmes graves et préoccupations essentielles qu’au traitement des « questions mondiales », qui ont peu de retombées positives sur les « questions nationales ». C’est pourquoi beaucoup de maliens et la presse vous décrivent ainsi : « Le Mali brûle et IBK regarde ailleurs ».

 

Par ailleurs, récemment dans un discours, vous avez évoqué un putsch au Mali : «…notre nation, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch. Aucun putsch ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas du tout à l’ordre du jour et nous ne saurons nous inquiéter. Mais je tiens à dire combien cela est absolument ignominieux, indécent dans les temps où nous sommes ».

 

le Président, auriez-vous des appréhensions au sujet de certains militaires qui tenteraient de fomenter un putsch que vous voudriez contrecarrer, ou voudriez-vous régler des comptes avec ceux en qui vous n’auriez pas confiance ? Dans tous les cas, votre prise de parole officielle quant à la probabilité d’un putsch a semé la confusion dans le peuple malien qui ne sait plus à quel saint se vouer depuis lors, ayant à l’esprit la confusion politique et économique créée par le coup d’Etat militaire du Capitaine Amadou Haya Sanogo le 22 mars 2012. Au lieu d’apaiser ce peuple meurtri, notamment après Boulkessi et Mondoro, vous en rajoutez à ses souffrances ! Par calcul politique ou maladresse politique ?

 

Suite à la démission en avril 2019 de votre 5ème Premier ministre, M. Soumeylou Boubeye Maïga, du fait d’interférence, entre autres, de leaders religieux dans votre politique, vous avez formé en mai 2019 un gouvernement pléthorique de 38 ministres (le 6ème Premier ministre, M. Boubou Cissé inclus), qui « se marchent sur les pieds » et font double emploi, car leurs responsabilités ne pourraient jamais être clairement définies et partagées dans l’action et la pratique. Cette pléthore nuit ainsi au travail du Premier ministre qui ne pourrait efficacement conduire un tel étalage gouvernemental où il y’a nécessairement des conflits de partage des responsabilités et d’actions.

 

Excellence, comparez ce gouvernement pléthorique à celui volontairement restreint de 23 ministres (secrétaires d’Etat compris) que sa Majesté le Roi du Maroc a formé le 9 octobre 2019 alors que ce pays de 34 millions d’habitants (en 2014) avec un PIB nominal de 109,82 milliards de dollars us (en 2017) est immensément plus riche que le Mali des 19,52 millions d’habitants avec un PIB nominal réduit de seulement 15,10 milliards de dollars us. Excellence, pourriez m’expliquer ce paradoxe politique entre deux Etats qui ont la même volonté politique déclarée de développer leur peuple respectif ? Ma question est d’importance, car votre gouvernement pléthorique coûte inutilement cher au budget public avec une efficacité très douteuse à court et moyen terme ; il consacre donc relativement moins de dépenses budgétaires à des secteurs essentiels comme la santé et l’éducation par exemple, dont les personnels sont souvent en grève du fait de leur « misère » matérielle et morale vécue.

 

Par ailleurs, la prolongation du mandat des députés de l’Assemblée nationale pour six mois, que vous avez cautionnée, est anticonstitutionnelle, car la Constitution de 1992 stipule en son article 61 que ce mandat a une durée de 5 ans et qu’après ce délai, la population doit retourner aux urnes pour élire de nouveaux députés. En conséquence, je considère que les députés qui se sont auto-prolongés après la fin de leur mandat légal de 5 ans sont illégitimes et que tous les projets et propositions de lois qu’ils adoptent sont anticonstitutionnels. Or, vous collaborez illégalement avec cette Assemblée Nationale anticonstitutionnelle !

 

Excellence, reconnaissez que depuis l’instauration de la démocratie multipartite en 1992 au Mali, la classe politique et les partis politiques de toutes obédiences confondues ont échoué à développer politiquement et économiquement le pays alors que vous avez été ministre puis Premier ministre du Président M. Alpha Oumar Konaré (1992-2002) et Président de la République depuis 2013. Ainsi, un nouveau mouvement islamiste a l’ambition de se substituer aux partis politiques et de prendre le pouvoir. C‘est dans cette perspective qu’une association islamiste a été créée le 7 septembre 2019 par l’imam Mahmoud Dicko (ancien Président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) et ses disciples sous la dénomination: Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants (CMAS) de l’imam Mahmoud DICKO. Ce dernier décrit par la presse malienne comme un wahabiste rigoriste à la manière saoudienne se présente comme le garant de la morale, de l’unité nationale, des valeurs sociales (notamment musulmanes) avec en toile de fond la lutte contre la corruption et toutes les formes de délinquance financière. Cette coordination serait probablement transformée en parti politique islamique de fait dans les mois à venir dans la perspective de l’élection présidentielle de

 

Au Mali s’achemine-t-on vers l’instauration à terme d’un régime islamiste en substitution à la démocratie républicaine laïque actuelle ? Excellence, vous pourriez répondre à mon interrogation, car votre parti politique RPM, majoritaire à l’Assemblée nationale, fait partie des partis qui ont échoué dans leur tentative d’instaurer une vraie démocratie au Mali.

 

Manque manifeste de volonté politique de lutter contre la corruption et la délinquance financière

 

S’agissant de la lutte contre la corruption et la délinquance financière qui gangrènent durablement le pays, Excellence, depuis votre investiture en septembre 2013, vous n’avez engagé aucune vraie action politique malgré votre possession, entre autres, des rapports annuels du Vérificateur Général (VG), qui sont très explicites sur les irrégularités et malversations financières opérées au Mali depuis lors. Le Tableau des suites judiciaires réservées aux dénonciations faites par le VG depuis 2013, officiellement approuvé et signé le 27 juin 2019 par Maître Malick Coulibaly, Ministre de la justice et des droits de l’homme, Garde des sceaux, donne la situation suivante des dossiers en litige :


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